Le statut d’auto-entrepreneur est il une porte ouverte à l’arnaque ou à l’incompétence, voire aux deux ?

La loi sur le statut d’auto-entrepreneur est entrée en vigueur le 1er janvier 2009. Et près de 300 000 entreprises ont vu le jour sous ce nouveau régime en 2009. Il est ouvert à tous, avec très peu de contraintes administratives. Nous avons voulu savoir quelle crédibilité leurs futurs clients peuvent accorder à ces nouveaux auto-entrepreneurs.

Involontairement, nous nous sommes livrés à une première expérience négative :

Au mois de décembre 2009, nous avions besoin de faire effectuer une traduction de textes du français à l’anglais.

Par email, nous avons reçu une offre commerciale d'une traductrice, "Emma C…". Elle y proposait ses services, semblant offrir toutes les garanties. Cette dame exerce sous le statut d'auto-entrepreneur.

Son email reprenait les arguments figurant sur son site Internet :
« Issue d'une famille de Professeurs d'ANGLAIS Britanniques, étant moi-même Enseignante en ANGLAIS, parfaitement bilingue ayant la double nationalité Française et Britannique.
je vous propose mes services de TRADUCTEUR et INTERPRETE : ANGLAIS-FRANÇAIS-ANGLAIS
Statut auto entrepreneur TVA non applicable, art.293-B du CGI »

Son tarif et le délai proposé, détaillés ci-dessous, nous convenaient :
« J'ai effectué un calcul au mot: 2225 mots x 0,09euros = 200 euros.
Je peux effectuer la traduction de votre document pour la somme de 200 euros.
Si cela vous convient je vous envoie un devis en bonne et due forme.
Je peux vous remettre le travail pour le Jeudi 10 décembre à condition d'avoir reçu le premier virement. »

Pour simplifier cette nouvelle relation commerciale et ne pas perdre de temps, nous lui avons confirmé notre commande et réglé son devis par virement bancaire.
Par la suite, non seulement elle n’a pas respecté le délai, mais elle n’a plus répondu à nos emails ou à nos appels téléphoniques de relance. Pris par le temps, nous nous sommes alors adressé à une société de traduction pour ce même travail.
Puis, nous sommes de nouveau entré en contact avec cette auto-entrepreneuse, en lui signifiant que nous allions porter plainte. En retour, elle se manifeste enfin par email, en proposant de faire le travail dans les 48h, et évoquant différents prétextes pour justifier le non respect de son engagement initial.

Convenant qu’il était trop tard pour effectuer ce travail, elle a donc proposé de nous envoyer un chèque de remboursement :
« Je comprends, veuillez m'envoyer l'adresse complète de l'entreprise afin que je puisse vous envoyer un chèque. Si je le fais partir demain matin, vous devriez le recevoir lundi matin.
Est ce que cela vous convient? »

Nous étions alors le 17 décembre 2009. Aujourd'hui, le 6 février 2010, ce chèque ne nous est toujours pas parvenu …

Incompétence ou arnaque, qui se cache derrière cette auto-entrepreneuse "Emma C..." ?
Pour en savoir plus, nous nous sommes rapprochés de Grégoire Leclercq, Président de la Fédération des Auto-Entrepreneurs.

Celui-ci s’exprime en ces termes : le régime de l’auto-entrepreneur a été mis en place pour faciliter grandement la création d’activité, qu’elle soit principale ou complémentaire. La mise en place de ce régime impliquait une légèreté des contrôles inhérents aux compétences réelles des créateurs, et certains se sont fait passés pour ce qu’ils n’étaient pas. C’est un phénomène tout à fait marginal, qui est à la fois regrettable, et inévitable.

Concernant le cas de cette personne qui ne tient pas ses engagements, il est évidemment indéfendable, et ce n’est pas notre mission, à nous Fédération, de chercher à protéger les arnaqueurs et les personnes malhonnêtes. C’est même plutôt une de nos missions que de les dénoncer.

Ce que nous pouvons en revanche apporter au débat tient en quelques mots : professionnalisme, sérieux, ouverture.

  • Professionnalisme, parce que l’auto-entrepreneur est un entrepreneur comme les autres, avec les mêmes devoirs légaux, les mêmes exigences en terme de qualité, de ponctualité, de satisfaction du client.
  • Sérieux, parce que c’est la moindre des choses qu’un créateur d’entreprise puisse faire valoir, s’il cherche la pérennité, le développement durable.
  • Ouverture, parce qu’un entrepreneur seul est un entrepreneur en danger. Il est aujourd’hui facile, grâce aux réseaux sociaux, aux sites d’information, aux clubs départementaux, de se former, de se renseigner, de se faire conseiller, de trouver des partenaires, notamment pour remplir les missions annexes qui sont au cœur de métier.
  • Notre conseil tient en deux points :
    • Auto-entrepreneurs : évitez ce genre de pratique, car elle sera toujours néfaste pour votre activité, votre réputation, votre développement. Soyez directs avec vos clients : si vous ne pouvez pas remplir une mission, faites le savoir. Il vaut mieux perdre une mission et garder le client, que garder la mission et perdre tous vos clients ! Soyez très attachés à votre communication extérieure, donner du crédit à vos services, en référençant vos clients, et tenant vos mentions légales à jour, en vous faisant labéliser par la Fédération des auto-entrepreneurs.
    • Entreprises qui faites appel aux services d’auto-entrepreneurs : soyez prudentes, renseignez-vous, demandez des références, consultez les mentions légales, demandez à la Fédération si l’auto-entrepreneur est connu, labélisé chez nous… Faites remonter l’information quand vous êtes victime d’une arnaque, nous communiquerons abondamment sur ce point !

    • Fédération des Auto-Entrepreneurs : www.federation-auto-entrepreneur.fr